Fausse bonne idée n°1 : Ne pas prendre de scripte !

Chose promise, chose due ! La série d’articles sur les fausses bonnes idées en fiction démarrent aujourd’hui avec ce premier sujet.

Depuis quelques temps, une tendance inquiétante se propage en court mais aussi en long métrage. En effet, de plus en plus, on observe l’absence de scripte sur le plateau !
Bad ideaSur un film de fiction à micro budget, à chronologie simple ou encore en huit clos, cela peut éventuellement se comprendre (et encore!). Mais sur des films à continuités classiques ou complexes et qui se tournent sur plusieurs jours / semaines… l’incompréhension nous saisit ! Essayons de comprendre.

Petit rappel synthétique : Un scripte est recruté en amont du tournage par la production (producteur ou directeur de production) ou le réalisateur. Une fois embauché, il établit une continuité et un pré-minutage à partir du scénario. Il suit ensuite tout le processus préparatoire et participe au tournage. C’est le « collaborateur direct, technique et artistique du réalisateur ».

Nous masculiniserons ici le terme de scripte conformément au souhait de LSA (Les Scriptes Associés) et de la convention collective car les hommes exercent aussi cette profession.

Pourquoi ce poste tend-il à disparaître de certains projets ?

Les arguments souvent avancés par les productions et les réalisateurs, pour ne pas prendre un scripte, se résument souvent et respectivement à deux mots : coût et utilité ! Illustrons cela avec un petit échange en Monsieur X et Monsieur Y.

– Un scripte coûte de l’argent. Il doit être rémunéré et pris en charge.
– Comme tous les autres postes tout aussi indispensables, non ?
– …

– Un scripte se résume à quelqu’un qui passe son temps à « gratter » du rapport toute la journée, assis derrière un moniteur.
– Une vision du métier un peu étriquée, vous ne trouvez pas ?
– …

Au delà des économies de bout de chandelle et de l’aspect administratif de son travail, nous avons le sentiment que ce qui pénalise souvent le scripte est avant tout la méconnaissance de sa qualité première : veiller au sens et à la narration !

Tous les scriptes n’ont pas forçément cette qualité au départ. Souvent académiques, invasifs ou inexistants au début de leurs parcours professionnels, ils appréhendent cette qualité avec l’expérience. Comme tout un chacun.

Nous sommes en quelque sorte des témoins : on a la mémoire du film, la mémoire des intentions de la mise en scène, la mémoire des choix qui ont été faits à différents moments, mais on fait aussi le lien avec le montage, la mise en scène elle-même, l’écriture cinématographique, l’enchaînement des plans. – Bénédicte Kermadec

Effectivement, les jeunes scriptes tombent parfois dans une forme de zèle qui ennuie, dès le premier jour, le réalisateur. Remarques futiles ou menus raccords secondaires alors que ce dernier a d’autres priorités à ce moment là : la qualité de jeu de ses comédiens, le rythme, le sens, le montage…

Le scripte compétent répondra d’abord à ces préoccupations en donnant son avis de professionnel, de spectateur et de lecteur avant d’évoquer dans un second temps les « détails » (raccords costumes, maquillage, coiffure, accessoires…).

Sans l’attention que porte un/une bon(ne) scripte au déroulement d’un film et ses conséquences logistiques, les films seraient dénués de sens. – Ang Lee

Il est vrai également que chaque poste est gardien de sa propre continuité (accessoiriste, maquilleur, costumier, chef opérateur…) mais le scripte les englobe toutes ! Il harmonise cet ensemble. C’est son travail.
Et depuis quand l’assistant réalisateur et le chef opérateur, doublement sollicités en cas d’absence de scripte, ont le temps de se substituer à ce poste en plus de leurs prérogatives respectives ?!

La scripte est la mémoire du film – la « Fée Clochette » – elle me reparle du scénario quand je m’en éloigne plus ou moins volontairement. Elle s’assure qu’il s’agit d’un choix et non d’un oubli. Elle assure la continuité du film, non seulement les raccords localement, mais aussi la cohérence globale… – Bruno Podalydès

ask-question-2-fb180173e13f21ad6ae73ba29b08cd02Le réalisateur, qui n’a pas encore eu la chance de travailler avec un vrai bon scripte, doit pouvoir se l’accorder sur son prochain projet. Si il hésite, l’assistant réalisateur peut aider à le convaincre. Lui faire lire cet article sera déjà un bon début ! :) Il comprendra de lui-même alors l’intérêt de ce collaborateur pour son film. Dans le cas contraire, il saura faire son choix en connaissance de cause. La preuve par l’exemple encore une fois. Le principal est de ne pas juger de la nécessité de ce poste sans le connaître.

Notre citation préférée est de Claire Denis :

Une scripte veille sur le film en douce, par opposition à la nécessaire évidence des relais créés par l’assistant de la mise en scène. Elle oblige tout le monde à se poser les vraies questions, non pas « comment faire » mais « pourquoi faire ». – Claire Denis

En toute franchise, il nous sera difficile de ne pas prendre partie sur ce sujet.
Pour nous et la majorité de ceux qui ont travaillé avec un scripte de qualité, sa présence en préparation et sur le plateau est purement incontournable !
S’en priver, c’est se dispenser du premier spectateur du film, d’un ange gardien et de la seconde personne (après le réalisateur bien sur) qui s’approche au plus prés de la vision de ce dernier.

C’est la personne dont je sollicite l’opinion en premier. – Xavier Dolan

Une petite dernière pour la route ! Notre prochain article concernera l’accessoiriste.

La scripte est avec le directeur de la photo, le cadreur et le premier assistant, l’un des quatre collaborateurs proches du metteur en scène… Si la mise en scène est une musique, la scripte est celle qui repère les fautes de copie, les dissonances pour les éliminer ou en faire des figures de style. Son oeil écoute. – Bertrand Tavernier

A vos commentaires et questions au bas de cet article ou sur notre forum.

Nous vous invitons également à lire ces deux interviews passionnantes :
Entretien avec Bénédicte Kermadec par les LSA.
Interview d’Alice Maurel par ARAssociés.

Sources des citations : Les Scriptes Associés

ARAssociés

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  • Pantalon10

    Votre propos est encore plus vrai en TV où le scripte devient de plus en plus
    le seul lien réel entre la pré-production, la production, la fabrication, la post-production et les différents suivis à assurer et assumer (sans oublier les plannings, les assistanats et l’ensemble des relations avec tous les intervenants extérieurs tant avant qu’après) !

    Pourquoi ne pas se passer de l’Assistant Réalisateur et du Chef Opérateur si on n’a pas les moyens financiers … Ils sont bien moins utiles lors du tournage si les autres travaillent très bien !

  • Hélène de Roux

    Merci pour ce bel article au sujet d’un métier qui n’est pas toujours évident à expliquer, notamment à des réalisateurs débutants qui n’ont pas encore eu la chance de bénéficier de la collaboration avec un scripte. En fait, rien de tel que de ne pas en prendre pour comprendre qu’on en a cruellement besoin… Mais autant ne jamais s’en passer, et votre texte est très convaincant !

    Hélène de Roux
    http://www.cinesysteme.org