Quid de la protection des animaux sur les tournages ?

Protéger les animaux sur les tournages de films, c’est considérer que, sur une période donnée, dans un contexte où ils sont extirpés de leur environnement habituel ou exposés à des contraintes environnementales ambiantes différentes de celles auxquels ils sont soumis lors de leur détention, les encadrants vont devoir anticiper et sécuriser ce qui est relatif aux besoins physiologiques, aux besoins éthologiques, aux manifestations comportementales, à la participation volontaire des animaux au travail qui leur est demandé, aux aptitudes naturelles de l’espèce ou des individus sélectionnés, à leur santé et leur longévité, aux risques encourus par l’animal et ceux qu’ils vont faire encourir aux autres (humains et animaux) et dans certains cas, à la faculté cognitive de l’animal à percevoir et mémoriser positivement ou négativement (stress, angoisse, peur…) l’expérience vécue. – (extrait, p.17)

Ce mémoire est le résultat des recherches du Docteure-vétérinaire Corinne Lesaine, vétérinaire diplômée de la faculté de médecine de Nantes. Il a été rédigé en 2018 dans le cadre de la soutenance d’un Diplôme d’Établissement de VetAgro Sup de protection animale.

Deux parties composent ce travail. Dr Lesaine présente d’abord les conditions et la liste des acteurs impliqués dans la présence des animaux sur les tournages. Des producteurs aux animaliers, en passant par les propriétaires privés.
Elle fait ensuite un état des lieux de la réglementation qui encadre l’exploitation des animaux, laquelle faute d’être (encore) spécifique au secteur audiovisuel, prévoit un certain nombre de délits et d’obligations.

Est considéré comme un délit, le fait de :

  • Maltraiter, volontairement ou par négligence, un animal (domestiqué, sauvage, captif ou libre), dans l’espace public ou privé ;
  • Blesser ou tuer un animal « par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou les règlements ».

Les professionnel.le.s du dressage, employé.e.s par les sociétés de production audiovisuelle, doivent être en mesure de prouver qu’ils ont rempli les obligations suivantes :

  • Placer l’animal « dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce » (Code rural et de la pêche maritime) ;
  • Obtenir une autorisation (obligatoire) pour la détention en captivité et la cession d’animaux d’espèces non domestiques avant l’ouverture d’un établissement (Code rural et de la pêche maritime) ;
  • Ne pas dresser un animal « d’une façon qui porte préjudice à sa santé et à son bien-être, notamment en le forçant à dépasser ses capacités ou sa force naturelles ou en utilisant des moyens artificiels qui provoquent des blessures » (Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie, 1987) ;
  • Respecter les limites de l’animal liées à son âge ou son état de santé : « Seuls les animaux aptes au dressage et à la présentation au public peuvent être utilisés.
    Les animaux trop jeunes, âgés, malades ou blessés ou dont l’état physiologique est déficient ne peuvent être utilisés » – (arrêté du 3 avril 2014 relatif au dressage d’animaux dits de compagnie) ;
  • Être équipé.e d’un véhicule agréé pour le transport des animaux.

Dans le cas d’un tournage dans un espace où vivent des animaux libres et non chassables, la préservation de la faune sauvage (dans des habitats souvent protégés selon les directives européennes) implique :

  • Interdiction de capturer les animaux ;
  • Interdiction de détention ;
  • Interdiction de mise à mort ;
  • Interdiction de perturber intentionnellement ces espèces durant les périodes de reproduction, de dépendance ou d’hibernation.

Les sociétés de production peuvent ainsi être tenues pour co-responsables en cas de manquement à l’une des obligations ci-dessus listées.

Dans le cadre de la publicité, les animaux de compagnie ne peuvent être utilisés que si l’organisateur a créé des conditions nécessaires pour que ces animaux soient traités conformément aux exigences de l’art. 4 (…), et que leur santé et leur bien-être ne soit pas mis en danger. Il incombe donc au producteur ou au réalisateur qui prépare les conditions de tournage des animaux de compagnie, de prévoir des mesures d’accueil et de travail respectueuses de ces impératifs, d’autant plus lorsqu’il n’est pas accompagné d’un professionnel animalier et de ses conseils et qu’il fait appel. – (extrait, p.19)

Dans la partie annexe du mémoire, Corinne Lesaine fournit la liste des critères développés par des vétérinaires aux États-Unis pour l’obtention d’un label cinématographique, « AHA », sur lesquels elle s’appuie désormais pour l’analyse des scénarios qu’on lui soumet afin de sécuriser le casting, les scènes et les conditions de tournage des animaux domestiques ou sauvages : https://alokiconseil.fr/aloki-films/.

Enfin, pour celles et ceux d’entre nous qui souhaiteraient renforcer la protection et le respect du bien-être des animaux sur un plateau de tournage, de manière volontaire, Dr Lesaine nous donne quelques repères :

  • Préparer le casting avec des professionnels indépendants, dont des vétérinaires conseils aux côtés des dresseurs animaliers, qui ne sont ni juges et parties dans la réalisation du film ;
  • S’appuyer sur des données scientifiques en fonction de chacune des espèces, préparer et connaître la personnalité de l’animal qui sera choisi car l’évolution des connaissances scientifiques acquises sur l’animal place aujourd’hui le trait de tempérament d’un individu au même niveau que celui des caractéristiques biologiques et comportementales de l’espèce (Réf. ANSES) ;
  • Vérifier les cadres réglementaires qui s’appliquent aux animaux, les contraintes du tournage et si besoin, faire venir un vétérinaire conseil sur les scènes dites « à risque » ;
  • Respecter la « Règle des 3 R » en amont du projet de film (voire des 5 R, avec Responsabilité et Replacement de l’animal) :

1 / Remplacer (éviter au maximum l’utilisation d’animaux vivants sur les plateaux);
2 / Réduire (le nombre d’animaux, le temps de présence au plateau, etc) ;
3 / Raffiner les conditions de tournage des animaux (hébergement, soins sur place, méthodes bienveillantes et respect de la volonté de l’animal), interdire toute douleur ou souffrance, réduire les risques, interdire l’anesthésie…

ARA remercie Corinne Lesaine, Laëtitia Pelé et VetAgro Sup pour leur travail et son partage !

Consulter le mémoire ici (PDF de 1,2mo).

N’hésitez pas à consulter également sur ce sujet, le Livret d’accueil sur les conditions de sécurité, publié par la CCHSCT de la production cinématographique en 2018 (page 42 à 44).

CCHSCT 2018


Crédit image à la une : change.org

ARA

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1 réponse

  1. THOMAS Manuel dit :

    Belle initiative et c’est super que ça vienne des assistants réalisateurs !
    Cette démarche ne peut être que gagnant/gagnant. Une meilleure connaissance et prise en compte de la condition animale permet non seulement d’améliorer le bien-être de l’animal directement sur un tournage, mais aussi une meilleure collaboration avec les animaliers s’il y a lieu -> une meilleure organisation -> une meilleure qualité de travail -> des gains de temps, et donc plus de sérénité pour tout le monde.
    Plus encore, cela permet de défendre notre profession et de prouver qu’il est possible « d’utiliser » des animaux sur les tournages de façon respectueuse, et même positive.
    Bravo à vous !

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