L’art de se placer sur un plateau de tournage

Un art ? Franchement oui parfois, tellement les cas de figure et les subtilités sont nombreuses, différentes aussi selon les postes. C’est en tout cas un savoir-faire qui s’apprend et se réapprend chaque jour passé sur un plateau de tournage. Sécurité, bienséance, technique, promiscuité, politique… sont quelques-unes des raisons impérieuses qui nous obligent à ré-évaluer constamment notre position sur le plateau.

« NE RESTEZ PAS DANS LE PASSAGE ! »

Sans doute un des fondements du « savoir se placer » sur un plateau que cet adage suggère. Centre de la ruche, le plateau est un point de convergence où tout le monde va et vient, avec ou sans matériel. Il est donc impensable un seul instant d’empêcher ou ralentir ces passages quand le plateau se prépare mais aussi quand il tourne. Ceci concerne absolument tout le monde (acteurs, techniciens, figurants, « guests ») mais à différents moments. De l’équipe image qui installe un encombrant travelling en prépa au perchman qui a besoin de reculer pendant le plan en passant par le second assistant caméra qu’il ne faudrait pas bousculer avec son coûteux objectif dans les mains et le HMC (Habillage / Maquillage / Coiffure) qui a besoin d’intervenir pour un raccord.

La bonne circulation des personnes et du matériel est donc essentielle quand elle respecte les différentes étapes de la préparation et du tournage d’un plan. Tout le monde ne peut pas travailler en même temps, de la mise en place au « Coupez » ! C’est là que le premier assistant est souvent amené à gérer « la circu », les priorités sur les interventions de l’équipe en clair afin d’éviter les inerties, les cassures de rythme, mais c’est un autre sujet. :)

On n’oubliera pas de citer les « passages » qui impliquent la sécurité des personnes comme dans le monde réel ;) … Les sorties de secours, les portes coupe-feu, les accès et stationnements nécessaires aux pompiers, etc.

Concrètement, il suffit d’être attentif à son environnement pour se placer convenablement la plupart du temps. La différence avec l’assistant réalisateur est que ce dernier doit penser à sa position et être attentif aussi à celles des autres afin de s’assurer que tout le monde puisse travailler.

« SORTEZ DE LA LUMIÈRE… ET DU CADRE ! »

Un précepte constamment répété sur les plateaux et qui n’est pas toujours facile à appréhender quand on n’a pas l’habitude. Pendant que ça tourne bien sûr mais aussi pendant les réglages car cela gêne, empêche ou fausse (mesures de l’image, raccords maquillage, scories au cadre, etc). Même le temps d’un bref passage, se placer entre une source de lumière (projecteur, fenêtre…) et l’objet éclairé est une des zones rouges qu’il faut prendre le temps de « lire » (directement ou via le cadre) avant d’intervenir bille en tête sur le plateau. En cas de doute, demandez à l’assistant réalisateur ou à l’équipe image s’ils ne sont pas en réglages. Les postes de la « face » mentionnent souvent un rapide « crossing » ou « désolé » quand ils passent dans un faisceau ou dans le cadre en prépa, contraints et forcés par l’urgence du moment ou une géographie compliquée de décor. Une attention qui évite de froisser les intéressés.

Il faut faire également attention à ses propres réflexions dans les surfaces réfléchissantes (accessoires, véhicules, miroirs, vitres…) et à son ombre. Du sol au plafond, cette dernière peut vous trahir. Sans oublier votre téléphone et votre montre qui pourront créer une « mouche » à l’image, une réflexion parasite, un petit artefact de lumière indésirable pendant une scène alors que vous pensiez regarder l’heure ou un sms ni vu ni connu ! :)

Astuce ! Restez toujours derrière la caméra et si vous êtes amenés à être devant cette dernière, considérez par défaut que si vous la voyez, elle peut vous voir !

« NE RESTEZ PAS DANS LES REGARDS… »

… des comédiens ! Mettez-vous à leurs places. C’est déjà compliqué de faire abstraction de la caméra et de l’équipe autour alors quand quelqu’un vous observe ou papote juste derrière l’autre comédien à qui vous donnez la réplique, il y a de quoi être désarçonné. Que ce soit en répétition ou en tournage, certains comédiens y sont plus sensibles que d’autres. Dans tous les cas, évitez leurs foudres en restant à l’écart de leurs axes de regard quand ils jouent et soyez discrets. L’assistant réalisateur saura rappeler cette règle de bon sens de temps en temps et selon les scènes. Une attention appréciée des comédiens.

LES PLATEAUX À MINIMA

Scènes d’intimité, promiscuité du décor, impératifs de sécurité (SFX, réglages de cascades, animaux, etc) et de santé (COVID-19…) … Nombreuses sont les raisons de ne pas occuper inutilement le plateau. La production, la régie et la mise en scène sauront vous informer.

LES PETITS PIÈGES DU SON ! :)

Les équipes sons placent souvent des micros sur pieds qui enregistrent de l’ambiance pendant une scène. Ça fait gagner du temps et y a pas meilleur raccord. Il n’y a donc pas que la perche et les micros HF des comédiens dont il faut se méfier. Encore une zone rouge, un classique que même les premiers assistants oublient parfois et où il ne faut pas stationner aux alentours. Soyez donc vigilants quand vous voyez ces pieds avec micro, partez du principe qu’ils tournent quand ça tourne si vous n’avez pas l’information portée sur le plateau qui le confirme, par un ingénieur du son ou un assistant réal.

PRÉS DE LA CAMÉRA OU DU RÉALISATEUR ?

Une thématique spécifique cette fois, au premier assistant réalisateur, qui pourrait faire l’objet d’un article complet et où deux méthodes de travail se distinguent. Étant donné que ce n’est pas l’objet de celui-ci, résumons l’enjeu.

Certains assistants considèrent en effet que leur place de prédilection sur le plateau se situe près de la caméra, d’autres aux côtés du réalisateur. Cela peut paraître un peu dogmatique mais c’est pourtant une réalité. À chacun son style, son affinité avec la technique et son type de réalisateur… Toutefois, j’aime à croire que notre position dépend surtout de la configuration des scènes, des enjeux et contraintes de la communication à tenir sur le plateau et de la stratégie des « tops » mise en scène (encore une idée d’article) éventuels à fournir au casting et/ou à l’équipe lors d’un plan.

SE POSITIONNER POUR ÊTRE VISIBLE

Propre également à l’assistant, tel un chef d’orchestre qui a besoin d’être à portée de vue des musiciens, il est indispensable d’être visible pour être vu, entendu mais aussi et surtout pour voir et écouter le plateau. Le sentir. L’assistant, par la seule observation, finit avec l’expérience par savoir si un poste est prêt ou non dans ce maelström de techniciens et d’acteurs qui vont et viennent. Quant à l’équipe, elle se réfère aussi à ce dernier pour connaitre l’état du plateau. Un simple regard, une mou, une attitude, un mot, une position.


Un autre article à lire : Précis de la bienséance sur un plateau de tournage.
Image à la une : paysan-breton.fr

Victor Baussonnie

1er assistant réalisateur / Movie Magic Scheduling / PSC1

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