Rôle, silhouette, figurant… Définitions et généralités

Tel un Lucky Luke face aux Daltons, l’assistant réalisateur doit connaître les différences d’un point de vue conventionnel ainsi que les subtilités pratiques qui vont de pair sur ces trois catégories constituant la distribution.

Source : www.teletoonplus.fr

Source : www.teletoonplus.fr

Afin de rester le plus synthétique possible et ce n’est déjà pas évident, nous n’aborderons ici que les généralités et les nuances pour les films de production française. En effet, la Convention Collective Nationale (CCN) de la Production Cinématographique du 19 janvier 2012 aborde de nombreux autres points comme les contrats, les conditions et durées de travail, les droits et obligations…

Voyons tout d’abord les définitions « conventionnelles » issues de la fameuse CCN.

RÔLE

Les rôles sont « présumés » salariés de l’équipe artistique tout comme les silhouettes et les figurants d’ailleurs. Plus précisément cette fois, les rôles sont considérés comme des « artistes-interprètes ».

On entend par « artiste-interprète » les artistes-interprètes engagés pour interpréter à l’image un rôle déterminé figurant au « script », porté à la feuille de service, ou improvisé en cours de tournage, ainsi que ceux engagés pour des prestations de voix hors champ ou pour l’interprétation de commentaires – à l’exclusion des activités de doublage.

On entend par doublage, le travail consistant, pour un artiste-interprète, à interpréter vocalement dans un film un rôle qu’il n’a pas interprété à l’image. Ces prestations relèvent de l’accord collectif afférent au doublage intégré à la convention collective nationale des entreprises techniques au service de la création et de l’événement.

(Article 1.1, Chapitre I, Sous-titre I, Titre III de la CCN du 19 janvier 2012)

Dans les rôles, il y a plusieurs types qu’on qualifie communément ainsi : le premier rôle, les principaux, les secondaires et les petits rôles. A notre connaissance, hormis pour les principaux, il n’existe pas de distinction conventionnelle entre les deux derniers types. De plus, la notion de petit rôle est ambiguë. En effet, cela peut qualifier un rôle ni principal, ni secondaire tout comme une silhouette… Habitude de travail de chacun ou abus de langage, à chacun de bien faire la distinction en amont afin d’éviter la confusion.

Un rôle est considéré comme principal, selon la définition de l’arrêté relatif au crédit d’impôt international, s’il est présent dans plus de 50% des scènes du scénario. Il y a peut-être des ajustements à attendre dans certains cas (film choral, par exemple). Source : ADP

Source : Lucky Luke and the Daltons by Marinate - http://mirinata.deviantart.com

Source : Lucky Luke and the Daltons by Marinate – http://mirinata.deviantart.com

SILHOUETTE & FIGURANT

Les silhouettes et les figurants sont exclus de la définition des artistes-interprètes car ils sont considérés comme des « acteurs de complément » même s’ils sont appelés « à réciter ou à chanter collectivement un texte connu ».

Le figurant : on entend par figurant l’acteur de complément engagé pour figurer à l’image une présence qui revêt un caractère complémentaire à l’histoire, inscrite ou non au scénario et portée à la feuille de service ;

La silhouette : on entend par silhouette l’acteur de complément dont le personnage est mentionné sur la feuille de service. Seront également considérés comme silhouettes les acteurs de complément apportant un vrai savoir-faire précis et spécifique et engagés comme tels. Seront également considérés comme silhouettes les figurants choisis comme silhouettes et désignés comme tels par la mise en scène le jour du tournage et en accord avec la production ;

La silhouette parlante (jusqu’à 5 mots) fera l’objet d’un salaire spécifique. Au-delà de 5 mots, il sera établi un contrat d’artiste-interprète ;

La doublure lumière, cadrage, texte : on entend par doublure lumière, doublure cadrage ou doublure texte l’acteur de complément dont l’intervention est nécessaire pour une mise en place et un réglage spécifiques de la lumière, des cadrages ou de la prise de son mais n’est pas requise pendant les prises de vues. Il n’apparaît donc pas à l’image ;

La doublure image : on entend par doublure image l’acteur de complément qui remplace occasionnellement un artiste-interprète avec son accord à l’image lors du tournage de scènes particulières ou nécessitant un savoir-faire artistique spécifique que ne maîtrise pas l’artiste-interprète.

(Article 1.1, Chapitre I, Sous-titre II, Titre III de la CCN du 19 janvier 2012)

On emploie parfois le terme de silhouette muette pour la différencier clairement de la silhouette parlante qui a jusqu’à 5 mots.

Une doublure peut être simple (un seul type de doublure : lumière, cadrage, image ou texte) ou polyvalente (plusieurs types de doublures) !

La définition de la doublure image est un peu ambiguë car on peut penser de manière assez évidente aux cascadeurs… mais attention, la CCN définit ces derniers comme des artistes-interprètes, soumis des dispositions spécifiques, tout comme les artistes musiciens, chorégraphiques, lyriques, de cirque… (Article 1.1, Chapitre I, Sous-titre I, Titre III). Les cascadeurs pourrait faire l’objet d’un article dédié. ;)

ballade-des-dalton

LA CLASSIFICATION

classificationQuand l’assistant réalisateur dépouille un scénario, il établit une classification de la distribution. Les rôles, les silhouettes et les figurants d’une part. Les doublures et les cascadeurs d’autre part. Du dépouillement général, aux listes spécifiques jusqu’aux plan de travail et feuilles de service. En bref, les documents de l’assistant.

> En général et hors numérotation, l’assistant ne fait pas de distinction concernant les type de rôles (principaux, secondaires…).

> Concernant les silhouettes muettes et parlantes par contre, il est de bon ton de faire cette distinction. Le directeur de production appréciera car ce n’est pas la même rémunération pour les uns et les autres à son devis.

> Les figurants font bien entendu l’objet d’une classification par type selon le scénario (passants, passagers, clients… par exemple) et d’un chiffrage brut / net… Il y a beaucoup de choses à dire sur ce sujet. Nous ferons un article dédié à l’occasion.

> Les doublures et les cascadeurs sont classés également dans des rubriques dédiées sur les documents de l’assistant et ils sont liés à des rôles le plus souvent.
Indépendamment de leur nature conventionnelle comme évoqué plus haut (respectivement acteurs de complément & artistes-interprètes), un cascadeur peut interpréter une silhouette par exemple.
Un paradoxe qui n’en est pas forçément un car c’est sur le plan de travail que les choses seront affichées clairement. Le nom du cascadeur apparaîtra effectivement en silhouette sur le plan de travail mais il sera aussi cité dans la sous-partie indiquant les cascadeurs. Côté production, il aura bien in fine un contrat d’artiste-interprète.

LA NUMÉROTATION

numerotationLes rôles puis les silhouettes font l’objet d’une numérotation croissante, qui démarre au chiffre 1, afin de les identifier plus synthétiquement sur certains documents comme le plan de travail et la feuille de service. Les figurants sont aussi identifiés par un numéro ou par des lettres ou encore avec les deux en même temps. C’est au choix de l’assistant.

Doit-on numéroter par le nombre d’occurrences (présence du personnage par séquence), selon la notoriété de l’acteur ou par le nombre de jours de tournage / cachets ?

Le cachet est une rémunération forfaitaire jour, indépendante du nombre d’heures réellement effectuées.

Attention, à compter du 1er août 2016, le Pôle Emploi établit une nouvelle prise en compte des cachets !

Pour les artistes et les réalisateurs rémunérés au cachet, ne sont plus distingués les cachets « isolés » (valorisés à 12 heures) et les cachets « groupés » (valorisés à 8 heures). Les cachets sont pris en compte à raison de 12 heures lors de la détermination de la quantité d’affiliation, indépendamment de l’attestation d’employeur mensuelle qui évoluera plus tard.
Cette règle s’applique quelle que soit l’ancienneté des cachets dès lors que l’examen s’effectue sur une fin de contrat de travail à compter du 1er août 2016.

Auparavant, le cachet pouvait être de 8 ou 12 heures selon la période d’engagement du comédien : 12 heures (cachets dit isolés) pour les contrats de moins de 5 jours ou 8 heures (cachets dit groupés) pour les contrats supérieurs ou égaux à 5 jours.

En général, c’est plutôt la troisième option qui est appliquée, par le nombre de jours de tournage / cachets. Mais dans certains cas, à la demande de la production ou de l’agent d’un comédien, la numérotation des rôles principaux est parfois légèrement ajustée en fonction de la notoriété et/ou de l’ordre d’apparition au générique qui peut être précisée dans une clause du contrat. La numérotation des tout premiers rôles est donc à valider avec le directeur de production qui aura ces informations avant de diffuser le plan de travail.

COMMENT RECONNAÎTRE UNE SILHOUETTE DANS LE SCÉNARIO ?

silhouetteDistinguer une silhouette, d’un figurant ou d’un rôle, est en général assez aisé quand on a pris l’habitude de lire et dépouiller un scénario. Voici quelques indices pour les reconnaître :

– Une silhouette, contrairement parfois au figurant, est citée clairement au scénario, qu’il possède un nom de personnage ou non.
– Elle possède un trait physique rare, une compétence ou une aptitude particulière, un savoir-faire précis ou une action singulière.
– Elle peut prononcer quelques mots (5 maximum)… On commence à le savoir ;)
– Elle est parfois très proche physiquement des rôles principaux ou secondaires et apparaît une seule fois « généralement » au scénario.

Si un doute persiste, vous aurez toujours l’occasion d’en parler au réalisateur et au directeur de production. Sinon, demandez à une consoeur ou un confrère plus expérimenté. Au pire, il y a notre forum. :)

LA VALIDATION DES LISTE RÔLES & SILHOUETTES

validationQuand l’assistant réalisateur a terminé son dépouillement et donc ses listes rôles & silhouettes, il les soumet ensuite au directeur de production afin de vérifier avec lui le nombre de comédiens, leur classement et le chiffrage estimatif de la figuration (nous y reviendrons dans un prochain billet comme indiqué plus haut).

Il faut savoir que le directeur de production fait également une sorte de dépouillement de son côté afin d’établir son devis. Il est donc primordial de comparer les évaluations de chacun. La plupart du temps, elles sont rarement les mêmes car le directeur de production peut par exemple considérer en figurant ce qui est une silhouette pour l’assistant et inversement.

Le directeur de production proposera donc à l’assistant réalisateur des petits ajustements sur certains personnages à la frontière d’une classification plus avantageuse budgétairement si l’économie du film est particulièrement restreinte :

– Un rôle pourrait passer silhouette parlante si le nombre de mots du rôle est très proche des 5. Le réalisateur ou le scénariste peuvent parfois réécrire la réplique sans dénaturer le personnage car ils ne pensent pas toujours durant l’écriture (et c’est bien normal) à cette limite un peu absurde des 5 mots, avouons-le…
– La silhouette parlante en silhouette muette. C’est beaucoup plus complexe pour la mise en scène en général que le premier cas car le personnage s’appauvrirait de facto.
– La silhouette muette en figurant si le découpage ou un léger ajustement de l’action le permet…

Vous l’aurez compris, il s’agit pour l’assistant d’un vrai consensus à piloter entre le réalisateur et la production. En général, ça se passe bien. :)

À QUI REMETTRE LA FEUILLE DE SERVICE AU TOURNAGE ?

quiÀ tous les rôles bien sûr mais aussi aux silhouettes. Ils sont dénommés sur la feuille de service et le plan de travail. Ce qui n’est pas le cas des figurants. Ils sont convoqués directement par le chargé de figuration par email et par téléphone. Ils ne sont pas dénommer sur les documents. Seuls les types apparaissent.

LE CAS DU FIGURANT QUI DEVIENT SILHOUETTE PENDANT LE TOURNAGE…

Un figurant peut être reconnaissable distinctement ou non à l’image. Dans une masse d’autres figurants ou non. Ce n’est pas pour autant qu’il passera en silhouette. Attention toutefois, un figurant peut se retrouver parfois très proche physiquement d’un acteur principal mais surtout il peut se voir confier une direction particulière par le réalisateur lors du tournage : un échange de regard, un contact physique, un mot échangé avec le comédien principal, un gros plan ou une amorce très présente au cadre au découpage…

La notion de silhouette peut donc être invoquée par l’assistant ou le directeur de production sur le moment. Si ce dernier n’est pas présent, l’assistant doit le prévenir, idéalement avant de tourner, afin qu’il valide « la promotion » du figurant et donc son coût supplémentaire pour la production car une silhouette coûte plus chère.

Le cas peut se présenter également pour une silhouette, muette ou parlante, qui pourrait passer rôle lors du tournage (à partir de 6 mots prononcés donc) pour les besoins d’une scène. C’est tout de même plus rare mais cela arrive.
La silhouette sera donc considérée comme un artiste-interprète, son coût sera par conséquent encore plus élevé. Ne vous attendez pas à un grand sourire du directeur de production qui vous demandera, le cas échéant, de tenir les 5 mots maximum dans la mesure du possible.

En préparation, l’assistant réalisateur doit prévenir le réalisateur de ce genre de cas de figure pour ne pas déstabiliser ce dernier lors du tournage. Le directeur de production quant à lui, fera de même d’un point de vue budgétaire afin d’éviter le maximum d’imprévus.

figurant

CONCERNANT LES SALAIRES…

La dernière grille des salaires français est disponible ici : acfda.fr
Il est recommandé de connaitre le salaire de base d’un rôle, d’une silhouette muette et parlante, d’un figurant… Vous comprendrez mieux alors l’enjeu pour le directeur de production et vous aurez les bonnes informations à communiquer à un réalisateur qui cherchera indéniablement à comprendre lors du fameux consensus des listes… ;)

Merci pour votre attention. Vos questions sont les bienvenues sur notre forum ou dans les commentaires en bas de cet article.

N’hésitez pas également à compléter ou corriger une inexactitude le cas échéant. ARA est participatif et n’aura jamais la science infuse. :) Partageons !

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Sources
> ADP
> AFAR
> Assistant-juridique.fr
> LegiFrance
> Pôle Emploi

Crédits images
> Morris, Achdé

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  • Petite mise à jour de notre article concernant la nouvelle prise en compte des cachets à compter du 1er août 2016.

  • MaYa AL

    Merci pour ce billet, très intéressant et clair. Si je ne me trompe pas il y a aussi la classification chez les figurants.

    • Merci Maya. La figuration fera l’objet d’un futur billet pour mieux développer le sujet. :)

      • MaYa AL

        cool. Hâte de le lire