Se faire virer ! Et après ?

Un tournage est toujours un moment intense. On passe des semaines à préparer, nous donnons le maximum de nous même au moment du tournage, puis vient le vide une fois que tout s’arrête. Il en reste souvent des souvenirs forts, des anecdotes à raconter pendant des années et, parfois, de véritables amitiés.

Mais il arrive aussi que tout ce que vous aviez construit s’effondre pour une raison que vous ne maîtrisez pas : vous vous faites virer !

Que s’est-il passé ? Comment réagir ? Quels sont vos droits ? On vous explique.

Que s’est-il passé ?

On peut se faire virer pour deux raisons :
1. C’est de votre faute
Absences injustifiées, comportement, insultes, etc. Mais pour ça on ne peut que vous conseiller de vous remettre en question 😀 !

2. Ce n’est pas de votre faute
Si vous estimez ne pas être en faute, le sentiment d’incompréhension est souvent immense. C’est dans cette situation qu’il est essentiel de connaître vos droits et les démarches à entreprendre.

Que dit la loi ?

Les seuls cas légitimes de rupture de contrat à durée déterminée de manière anticipée sont : la force majeure, la faute grave ou l’inaptitude constatée par la médecine du travail (art. L.1243-1).

Aussi soyez rassurés : quoi qu’il se passe, personne d’autre que votre employeur ne peut mettre fin à votre contrat. Ni un réalisateur en colère ni toute autre personne plus haut placée que vous dans la hiérarchie du tournage n’a ce pouvoir. Seul le producteur, c’est-à-dire celui qui vous emploie et vous rémunère, peut juridiquement rompre le contrat. Donc n’ayez pas (de suite) peur, mais commencez à préparer vos arrières quand même !

Avant toute décision formelle de licenciement, une procédure doit être respectée. Ainsi, un entretien avec la production ou son représentant doit avoir lieu. C’est obligatoire pour les CDI et CDD, c’est souhaitable pour les autres types de contrats afin d’exposer le litige et d’en discuter. Si le rendez-vous met du temps à arriver, provoquez-le ! Cela permettra de trouver un accord à l’amiable. Même si le Code du travail n’impose pas toujours un formalisme écrit pour chaque étape préalable, cet écrit reste indispensable en pratique, ne serait-ce qu’à titre de preuve en cas de contentieux. Mail, lettre recommandée ou remise en main propre contre signature : il doit rester une trace.

Comment prendre la nouvelle ?

Certes ce n’est pas agréable de se faire licencier. Certains employeurs mettront des gants pour vous l’annoncer et vous préserver, d’autres vont y aller franchement et ne vous épargneront pas. Dans tous les cas, restez calme. Ne vous énervez pas. Cela ne vous servira à rien. Prenez sur vous le temps de l’annonce et défoulez-vous après. Mais gardez la tête froide lors des échanges officiels, car tout ce que vous allez faire ou dire pourrait être retenu contre vous.

Cherchez à comprendre précisément ce qui vous est reproché. Il arrive que la personne qui vous transmet l’information ne soit qu’un intermédiaire. Si nécessaire, contactez directement le directeur de production ou le producteur. Et surtout : laissez des traces écrites (mails, messages). En cas de litige, prouver que vous avez demandé des explications et que vous avez tenté le dialogue est essentiel.

Une rupture peut être liée à un défaut de compétence mal évalué lors de l’embauche, à une mauvaise organisation, ou à ce que certains appellent une « incompatibilité d’humeur ». Mais cette dernière notion, fréquemment invoquée, n’exonère en rien l’employeur de ses obligations légales.

Si le conflit concerne le réalisateur, il est évident que la production privilégiera le porteur du projet. Cela ne signifie pas que votre travail était mauvais, simplement que le rapport de force est structurel. Si la production est honnête, vous serez recontacté pour un autre projet et vous pourrez leur prouver vos compétences.

Se repasser en boucle chaque moment depuis l’embauche pour identifier « l’erreur fatale » est rarement productif. La remise en question est saine ; l’auto-flagellation ne l’est pas.

Quels sont les recours ?

Si la situation vous semble injuste, informez l’équipe calmement. Un message posé, souhaitant bonne continuation, peut parfois susciter un soutien inattendu. Vous pouvez aussi vous tourner vers votre supérieur hiérarchique, les référents du tournage, ou peut-être avez-vous élu des délégués de plateau ou des responsables syndicaux. Demandez-leur conseil, ils vous aideront. Ils peuvent aussi vous accompagner lors de la réunion de conciliation.

Bon, ne vous leurrez pas, une réunion de conciliation se conclut rarement par une réintégration dans l’équipe (et c’est pas plus mal pour vous). L’enjeu principal de cet entretien est souvent financier, vous allez devoir négocier !

Donc pensez à venir équipé avec un joli dossier. Conservez et sauvegardez immédiatement tous les documents utiles :

  • plannings,
  • mails,
  • SMS,
  • fichiers de travail,
  • éléments issus de drives ou espaces partagés.

L’accès aux dossiers partagés peut être coupé rapidement (parfois même avant qu’on ne vous signifie votre licenciement). Or ces documents prouvent votre présence, votre implication et les périodes travaillées, éléments essentiels pour réclamer votre rémunération.

Pour préparer ce rendez-vous, vous pouvez vous rapprocher d’un syndicat de techniciens qui s’y connaitra plus que vous en législation. Ils vous donneront quelques clefs et examineront votre cas particulier. La seule chose à préserver est le salaire qui vous est dû.

On observe deux cas.

1. Le contrat de travail n’a pas encore été signé

Il est fréquent que la production tarde à vous faire signer votre contrat alors que vous avez commencé à travailler. Quoiqu’on vous reproche, un article du Code du Travail vous protège. Il vous permettra de mettre une certaine pression sur la production car il ouvre droit à une indemnité spécifique.

« la méconnaissance de l’obligation de transmission du contrat de mission au salarié dans le délai fixé par l’article L. 1242-13 [2 jours ouvrés] ne saurait, à elle seule, entraîner la requalification en contrat à durée indéterminée. Elle ouvre droit, pour le salarié, à une indemnité, à la charge de l’employeur, qui ne peut être supérieure à un mois de salaire. » (article  L.1245-1)

2. Le contrat de travail est signé

Dans ce cas le principe est clair :

L’employeur qui rompt le contrat avant son terme doit verser des dommages et intérêts au moins équivalents aux rémunérations que vous auriez perçues jusqu’à la fin prévue du contrat. C’est ce que prévoit l’article L.1243-4 du Code du travail. Cette indemnisation s’ajoute, le cas échéant, à l’indemnité de fin de contrat (article L.1243-8).

La production va tout faire pour que votre départ lui coûte le moins cher possible. Si aucun compromis n’est possible à l’amiable, rapprochez-vous d’un syndicat ou d’un avocat qui essaiera d’éviter au maximum les prud’hommes. Comme on dit « un bon arrangement est meilleur qu’un mauvais procès »… Mais si cela parait inévitable, ces conseillers juridiques seront mieux placés que vous pour le savoir. Armez-vous de patience car ce sera un combat long !

Au moment des négociations en réunion de conciliation, soyez mesuré et juste. Vous prouverez que vous êtes de bonne foi et que vous êtes quelqu’un de respectable. Vouloir faire payer plus que la normale la partie adverse peut se retourner contre vous !

Si vous avez les preuves factuelles avec vous, qu’un syndicat ou un avocat vous épaule, que vous demandez une somme juste pour votre paie et votre dédommagement… Vous obtiendrez gain de cause rapidement. Vous pourrez alors tourner la page très vite et reprendre une vie normale. Et là aussi, gardez votre calme. Ne vous laissez pas marcher sur les pieds, refaites l’inventaire avec la partie adverse calmement, dites-leur ce que vous avez sur le cœur sereinement. De toutes manières vous n’avez plus rien à perdre…

Conclusion

  • Le calme est le maître mot dans toute cette histoire ! C’est ainsi que vous pourrez gérer cette situation douloureuse qui ne se produit heureusement que rarement dans une carrière.
  • Parlez de la situation à vos proches pour extérioriser, ça vous fera le plus grand bien.
  • Conservez tous les documents et faites tout par écrit pour garder des traces de vos échanges.
  • Soyez au courant de vos droits ! Référez-vous au Code du Travail, à la Convention Collective de votre secteur d’activité et aussi au règlement intérieur de la société qui vous embauche. Il y a plein de choses qu’on a perdu l’habitude de lire sur un contrat… Relisez-les, ça ne fait pas de mal.

En définitive, se faire virer d’un tournage est une épreuve, souvent brutale, mais jamais une fatalité. Ce moment ne résume ni vos compétences ni votre valeur professionnelle.

En gardant votre calme, en connaissant vos droits et en agissant avec méthode, vous protégez l’essentiel : votre dignité, votre rémunération et votre réputation.

Si un tournage s’arrête, une carrière continue !


Crédits photos : Retour vers le Futur (Amblin Entertainment / Universal Pictures) – 12 Hommes en colère (Orion-Nova Productions) – The Shining (Hawk Films) – Better Call Saul (Sony Pictures Television)
Remerciements : Cédric Pourrageau et Laurent Blois ex-SPIAC CGT, Nour Belhadj Juriste du SPIAC CGT

Cohen Mickaël

1er assistant réalisateur

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