Exposition et plan de travail. Mes amours, mes emmerdes.
De l’écriture à la post-production. Quand l’exposition à la lumière du jour et plus spécifiquement le contre-jour, conditionnent les prises de vues d’un tournage et, de fait, son organisation.
Attention, cet article a été écrit 100% sans IA… sauf les images d’illustration. Merci ChatGPT.
Commençons par définir.
Ici, l’exposition ne renvoie pas à sa définition technique (« exposure ») – la quantité de lumière enregistrée par le capteur ou la pellicule – mais à celle de la lumière naturelle elle-même, en l’occurrence le soleil. Son orientation, sa course, son angle d’incidence par rapport à un sujet filmé définissent une ambiance lumineuse, un contexte d’éclairage global. Ce qu’on appelle communément l’ensoleillement.
Le contre-jour (« backlighting »), lui, désigne plus précisément l’emplacement de la source lumineuse, naturelle ou artificielle – soleil, projecteur, lampe de jeu – derrière le sujet, de jour comme de nuit. Une « lumière en contre » ou un personnage « à contre » dans le jargon. Un choix esthétique et narratif. Presque un point de vue.
En substance, l’orientation d’un décor, d’un personnage ou d’une chose à la lumière impacte directement une position de caméra, donc le plateau, un plan de travail et au final, toute une organisation d’équipe. Comment le premier assistant réalisateur peut-il – et doit-il – intégrer cet enjeu majeur pour l’image et la mise en scène sans leur nuire ? Un challenge de plus à surmonter dans l’ordonnancement d’un projet.
Dès l’écriture
Tout commence avec le scénario. Celui-ci situe d’emblée le récit sur une ou plusieurs saisons et ainsi la période de tournage idéale. Ce serait en effet dommage de tourner en hiver un film d’été en T-shirt ou de perdre à la saison estivale de précieuses heures de nuit pour un film majoritairement nocturne. Viennent ensuite les effets, séquence par séquence (jour, nuit, matin, soir, etc.), avec des ambiances et parfois des actions en lumière précisées. Un rayon de soleil matinal par la fenêtre, un coucher de soleil face à la mer ou même un effet lune au milieu de la nuit.

En préparation
Le premier assistant débute son étude du scénario en lui appliquant, tout en le préservant, le cahier des charges de la production. Il dépouille chaque séquence, leurs effets, les réunit par décor et les articule dans un premier plan de travail « idéal » avec les impératifs habituels (dispos comédiens, cachets, décors, horaires). Il aura une attention particulière aux effets spécifiques type aube et crépuscule qu’on appelle « magic hour » car ces derniers se produisent à des heures très précises. Les éphémérides (lever et coucher du soleil) seront donc indiquées dès le premier plan de travail pour établir une base horaire de tournage. Une manière de formaliser l’importance déjà de la durée de l’ensoleillement. De célébrer la mécanique céleste. :)
De son côté, le repéreur, qui a déjà démarré ses recherches, aura également fait un dépouillement spécifique aux décors et défini avec la production ceux à trouver en priorité. Parmi ses nombreux défis lors de ses pré-repérages (décor idéal en déco, localisation favorable, accessibilité adaptée, nuisances limitées), l’exposition des décors repérés fera partie des points à relever. Un détail peut-être à ce stade, mais qui va prendre de l’importance par la suite.
La préparation suit son cours. Les repérages débutent avec le « noyau dur » de l’équipe (réalisateur, premier assistant réalisateur, régisseur général, chef décorateur, directeur de production…). Le directeur de la photographie, aussi présent, très accaparé par le réalisateur et le chef déco à cette occasion, aura néanmoins une attention toute particulière à l’exposition des décors afin d’évaluer les meilleurs axes en lumière. Il ou elle, demandera les points cardinaux relevés en pré-repérage, sortira sa boussole ou aura l’œil averti. Le premier assistant qui détient déjà une base horaire de tournage sera alors confronté à la première « wish list » des expositions souhaitées selon les axes, parfois exigées, pour telle et telle séquence. En conséquence, des horaires spécifiques de tournage pour l’image qui viendront affecter ceux de toute une équipe. L’assistant prend acte en notant chaque demande pour les instruire les jours suivants.
Les jours passent quand arrive la lecture technique du scénario. Un des moments clés de la préparation à quelques semaines du tournage. Entre les enjeux et problématiques majeures à résoudre de chaque département, la question des effets sera pour sûr à nouveau évoquée pour des questions artistiques, techniques ou de production. En cas de difficultés, c’est le moment idéal pour trouver des solutions (simplification d’effet, adaptation de la continuité, ajustement des repérages, transpositions de l’action, choix matériels, solutions de post-production) sans nuire, si possible, à la narration ni aux équipes avec des horaires dégueulasses. À la fin de cette lecture, tous les effets seront normalement validés, de quoi permettre au plan de travail de progresser.
Dernier ligne droite, place maintenant aux repérages techniques des décors retenus et aux dernières validations. Les équipes présentes ont besoin de réponses et celles-ci dépendront en grande partie des axes principaux de la caméra arrêtés par la mise en scène et l’image, en fonction de l’exposition à la lumière. Pour un rendu de qualité et une dimension narrative. Par conséquent, en extérieur, les axes en contre-jour (en direction du soleil) et en intérieur, ceux orientés vers les découvertes (ouvertures sur l’extérieur) seront toujours privilégiés, de jour comme de nuit encore une fois.
Toutefois, et c’est normal, le découpage technique ne sera pas encore définitif et la fameuse « wish list » des heures de tournages idéales pour l’image continue de s’étoffer parfois outrageusement. Le premier assistant profitera alors de l’occasion pour confirmer ou non la faisabilité de certaines scènes aux heures de tournage souhaitées. Non par choix personnel mais à cause des fortes contraintes imposées par les autres facteurs cités en préambule. Il n’est pas magicien. Pas question, donc, de faire comme si tout allait être possible et de mettre l’image sur le fait accompli au moment de tourner. Le scripte, qui détient les horaires diégétiques (ceux du récit), sera aussi en appui et confrontera l’image aux impératifs de la continuité. C’est le moment de faire des compromis, souvent importants et déplaisants, mais avec pédagogie et diplomatie, afin de sauvegarder le film.

Au tournage
Tout est calé… Mais attendez, nous n’aurions pas oublié quelque chose ??? Quid de la météo et de son facteur X qui viendraient ruiner tous nos efforts pour tourner avec les meilleures expos ! Un ciel couvert au lieu d’un plein soleil escompté le jour J ? Une pluie torrentielle empêchant le petit rayon de soleil d’entrer dans la chambre ? C’est une catastrophe !
Sérieusement. Anticipé dès le premier plan de travail pour les séquences vulnérables, le premier assistant prévoit les fameux « weather day », aussi appelés « cover sets » selon les usages. Cela consiste à intervertir deux journées de tournage contiguës ou à permuter des séquences au sein d’une même journée en cas de météo inadaptée à l’action. Les tolérances du réalisateur et de l’image aux aléas météorologiques seront aussi sondées en préparation afin de les préparer à cette éventualité au tournage. C’est un point capital, car on ne s’en doute pas toujours à la simple lecture du scénario.
Généralement lourdes à mettre en place logistiquement, ces mesures anticipées sont validées par la production avec parcimonie et actées au plus tard 36 à 48 heures avant. Pour le reste, il faudra s’adapter, « tricher » comme on dit. Prévoir des parapluies aux costumes / accessoires pour les personnages si la scène ne peut se replier en intérieur ou sous un abri. Un rayon de soleil matinal par la fenêtre pourra se faire en lumière artificielle s’il pleut. La fête foraine ensoleillée sera décalée au lendemain s’il fait beau (du vécu…). Au pire, il faudra attendre, mettre le plateau en « stand by », essayer de tourner d’autres choses pour ne pas perdre trop de temps. En tout dernier lieu, on « reschedule » (reprogramme) la séquence sur la période de tournage restante ou on « retake » (retourne) si le plan ne fonctionne pas – à condition que les comédiens soient disponibles. L’enfer !
Malgré les caprices météo privant le soleil et ses ombres, un ciel nuageux (mais pas trop) permet aussi de tourner dans des conditions acceptables. L’image aime aussi ce cas de figure car le niveau en lumière, l’ambiance générale, est stable et permet plus facilement de contrôler les directions en lumière artificielle, selon la valeur du plan au cadre afin de détacher le sujet filmé d’un fond. L’image peut tricher le soleil en quelque sorte.
Un conseil ! Faites appel à des prévisions professionnelles – comme Prévisions Expert de Météo France – afin d’éviter de jouer au météorologiste en herbe avec vos apps. :) Les prévisions professionnelles mettront tout le monde d’accord.
Et en post ?
« On verra en post-production ! » qu’ils disaient.
Au montage image, les faux raccords lumière sont courants et sont souvent assumés, faute de mieux, à cause des imprévus au tournage. L’étalonnage rattrapera un peu les choses, mais ne pourra jamais recréer la direction de lumière d’une scène tournée sans. Pas de miracle !
Mais rassurons-nous : aucune raison que l’audience ne prête attention à ces désagréments si elle est captivée par l’histoire et l’incarnation des personnages.

Ce qu’il faut retenir :
– L’exposition conditionne la lumière, et donc l’image du film. Elle doit être prise au sérieux ;
– Un contre-jour n’est pas seulement esthétique : il peut raconter quelque chose ;
– L’image préfère tourner à contre si elle en a la possibilité ;
– Une bonne exposition ne doit pas prendre le pas sur un paramètre plus important ;
– L’image doit, elle aussi, s’adapter et se soumettre aux contraintes ;
– En cas d’arbitrage, la production aura toujours le dernier mot ;
– La durée d’ensoleillement peut varier considérablement d’une région à l’autre ainsi que la course du soleil selon la saison ;
– Cette « wish list » des expositions doit être consignée par écrit et partagée afin d’éviter tout quiproquo au tournage.
