État des lieux des productions et des tournages
Comment rééquilibrer durablement le secteur
et accompagner ceux qui le font vivre ?
Le 27 Avril 2026 au Forum des images, s’est tenue une rencontre clé consacrée à l’État des lieux des productions et des tournages en France. Organisé par ARA, cet événement a rassemblé dans un même lieu plusieurs acteurs majeurs du secteur, parmi lesquels Audiens, le Centre National du Cinéma et de l’image animée, la FICAM et le SPIAC-CGT. France Travail était invité et impliqué en amont, mais notre interlocuteur n’a finalement pas été autorisé à s’exprimer publiquement.

Pensée comme un espace d’échanges ouvert et représentatif, cette rencontre a réuni un large éventail d’acteurs de la filière : 21 associations, 16 entités professionnelles et 3 organismes de formation, soit une centaine de personnes présentes dans l’auditoire ! Une mobilisation significative afin de décloisonner les prises de parole et favoriser une vision collective des enjeux. D’ailleurs, nous vous invitons à nous contacter si vous souhaitez rejoindre notre groupe de travail.
L’objectif de cet État des lieux était clair : réunir institutions, syndicats et professionnels de terrain pour partager un diagnostic commun, confronter les analyses et faire émerger des perspectives concrètes. Dans un contexte de mutation rapide du secteur, cette initiative marque une première étape essentielle vers un dialogue plus structuré et constructif.
Si vous n’avez pas pu y assister, vous aurez bientôt un rattrapage en vidéo !
Un premier article publié par Écran Total revient déjà sur les échanges.
Attention, il ne s’agit pas là d’un compte rendu de la réunion, mais d’un résumé de la présentation qui a été faite et des sujets qui ont été abordés ce jour-là.
Un secteur sous tension après des années hors norme
Le point de départ de cette rencontre : le post LinkedIn de Vincent Robillard, un même constat partagé de tous.
Depuis la sortie de crise du Covid, le secteur du cinéma et de l’audiovisuel français traverse une phase paradoxale. Entre 2021 et 2023, l’activité a été particulièrement soutenue, portée par un effet de rattrapage et des dispositifs publics exceptionnels. Opportunités nombreuses, tournages en chaîne, perspectives ouvertes : cette période a pu donner l’illusion d’un équilibre retrouvé.
Mais aujourd’hui, la réalité est toute autre.
Derrière des indicateurs de production globalement élevés, le ressenti du terrain révèle un secteur fragilisé. Les intermittents expérimentés travaillent moins, les nouveaux entrants peinent à s’insérer, et l’ensemble de la filière fait face à une pression accrue.
Ce décalage entre notre perception et les chiffres justifie la nécessité d’un État des lieux collectif.
Les chiffres sont clairs : la production reste à un niveau historiquement élevé.
En 2024, plus de 4 300 heures de programmes audiovisuels ont été produites
- Les investissements atteignent près de 2 milliards d’euros
- Les aides publiques retrouvent presque leur niveau d’avant-crise
Dans le cinéma, la production se stabilise autour de 290 films par an, avec des investissements toujours élevés malgré un léger ralentissement récent.
Pourtant, dans le même temps :
- Le nombre de salariés baisse significativement
- Les contrats se raréfient
- Les jours de tournage diminuent structurellement
- La durée moyenne des tournages se raccourcit (32 jours en moyenne contre 36 avant Covid).
Autrement dit : on produit beaucoup, mais avec moins de monde et dans des conditions plus tendues.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation.
1. Un contexte économique incertain
Retards budgétaires de l’État, mutations des diffuseurs, évolution des plateformes, incertitudes autour des financements… L’environnement global manque de lisibilité. Certaines décisions structurantes, à l’image du désengagement partiel de financeurs historiques comme Canal+, les économies demandées à France TV, ou la réforme de la chronologie des médias, fragilisent l’équilibre économique et ont mis un gros coup de frein à plusieurs projets.
2. Une dégradation des conditions de production
Pour contenir les coûts, les productions réduisent :
- la taille des équipes
- les temps de préparation
- les durées de tournage
- les délais de post-production
Cela entraîne une pression accrue sur les techniciens, parfois remplacés par des profils moins expérimentés ou des stagiaires. Par ailleurs, les “films du milieu”, essentiels à la diversité, tendent à disparaître.
3. Un marché du travail déséquilibré
Le nombre de formations explose, générant un afflux massif de nouveaux entrants… sans création d’emplois équivalente. Résultat :
- concurrence accrue
- précarisation renforcée
- accès au métier de plus en plus difficile
4. Une transition post-Covid et technologique
La fin du cycle exceptionnel post-Covid révèle les fragilités structurelles. En parallèle :
- les tournages courts (publicité, clips) diminuent
- l’intelligence artificielle commence à transformer et supprimer certains métiers
- les productions « premium » (avec forte qualité artistique et technique) se maintiennent, mais concentrent les ressources.
Face à ces constats, plusieurs leviers apparaissent, certains déjà identifiés, d’autres encore à imaginer. Des pistes les plus concrètes aux réflexions plus ambitieuses, cette rencontre a été l’occasion de s’interroger collectivement sur ce qui pourrait permettre à nos collègues (et plus largement à tout le secteur) d’envisager l’avenir sous un nouveau prisme.
1. À court terme : sécuriser les parcours
- Prolongation ou adaptation des droits des intermittents et simplification des démarches
- Renforcement des dispositifs d’urgence et de solidarité
- Meilleure information et coordination entre institutions et professionnels
2. À moyen terme : des effets immédiats pour stopper l’hémoragie
- Année blanche ciblée, faciliter la prolongation des droits, caisse de solidarité renforcée
- Audit des formations existantes et un encadrement plus strict des certifications
- Meilleure adéquation entre institutions et réalité du terrain
3. À long terme : réinventer le modèle
- Soutien renforcé aux “films du milieu”
- Conditionnement des aides publiques (crédit d’impôt révisé, aides conditionnées, label “tournage socialement responsable” à l’image du RSE+, bonus régionaux)
- Engagement accru des diffuseurs et plateformes (labs de création obligeant les diffuseurs à réinvestir dans de la création pilotée par des équipes émergeantes, soutien aux formats courts, augmenter leur implication dans la production de longs métrages)
- Réflexion sur le coût du ticket de cinéma et des plateformes
- Réflexion sur l’encadrement de l’utilisation de l’IA
- Développement de nouveaux formats et espaces de création
Un enjeu culturel avant tout
Au-delà des chiffres, l’enjeu dépasse la seule dimension économique.
Le cinéma et l’audiovisuel français restent des piliers de notre rayonnement culturel. Leur diversité, leur exigence et leur capacité d’innovation font partie de ce qui distingue la France à l’international.
Mais cette richesse est aujourd’hui fragilisée.
Sans adaptation collective, le risque est réel : perte de savoir-faire et du savoir-être, uniformisation des contenus, exclusion progressive de nombreux talents…
Et maintenant ?
Cet état des lieux n’est qu’une première étape.
L’objectif est désormais clair :
- poursuivre la réflexion commune initiée suite à cette rencontre
- porter ces constats auprès des instances politiques
- faire remonter les propositions du terrain
- fédérer les acteurs du secteur autour de solutions concrètes
Non, une meilleure coordination entre institutions et professionnels n’est pas une utopie, mais elle nécessite volonté, écoute et engagement collectif.
L’avenir du secteur dépendra de notre capacité à nous réinventer : non seulement à travers de nouveaux dispositifs, mais aussi en repensant nos pratiques, nos collaborations et notre manière de créer.
Si vous voulez participer à la suite
et rejoindre notre groupe de travail :
contactez-nous.
Toute la documentation ayant servi à constituer cette rencontre
est disponible dans notre dossier partagé.

Nous remercions nos intervenants :
Audiens : Cécile Prévost – Cheffe de projets Direction des Actions Sociales et relations avec les Branches Professionnelles
CNC : Arnaud Roland – Directeur Adjoint du Numérique et Caroline Julliard-Mourgues : Cheffe de service adjointe
FICAM : Stéphane Bedin – Délégué Général Adjoint
SPIAC-CGT : Louise Rocabert & Nicolas Yassinki – Délégués Généraux
Pour l’organisation :
Le Forum des images, La Mission Cinéma, Le CPNEF, L’ESIS et ses étudiants,
Les membres du groupe de travail : Olivier Bizet, Jérémie Beller, Mickaël Cohen, Erwan Doré, Hélène Dubouchaud et Vincent Robillard,
Le CA et les membres d’ARA
Crédits photo ARA



