Quid du transport des batteries Lithium-Ion

Certains le savent, certains en ont fait les frais, certains ne le savent pas encore (ils ont de la chance…), les batteries lithium-ion amovibles n’ont pas le droit de voyager en soute des avions de ligne.

En d’autres termes, lorsque vous transportez du matériel de cinéma vers un pays qui n’est accessible qu’en avion, si vous souhaitez faire voyager du matériel en soute, soyez avisés. Toutes les batteries de rechange des caméras, enregistreur son, follow focus HF, moniteurs, panneaux leds, drones, et autres gyrostabilisateurs, tout ça devra voyager en cabine.
Pas de souci par contre pour les batteries accrochées ou incrustées dans les appareils. Ca ne concerne que les « spares ».
san-diego-airport-limo-serviceCe n’est pas possible avec toutes les compagnies. Mais Air France tolère les batteries lithium en cabine à certaines conditions.

1) Les batteries ne doivent pas dépasser 160 Wh individuellement (Wh = Watt/heure).

2) Pour des batteries comprises entre 100 et 160 Wh, le maximum autorisé est de 2 batteries par voyageur en cabine. Elles doivent par ailleurs être conditionnées de sorte à ne pas pouvoir frotter l’une contre l’autre et ne pas être en contact avec quoi que ce soit.

3) Il n’y a pas de limite théorique de nombre si les batteries ont une capacité inférieure à 100 Wh. On peut donc en emmener autant que nécessaire. Là aussi, il faut les isoler individuellement.

4) Aucune batterie ne peut être chargée à plus de 30% de sa capacité. Attention toutefois, on m’a signalé que si les batteries étaient totalement déchargées (et qu’elles sont munies d’un témoin de charge), elles pouvaient être refusées si le témoin de charge n’indique aucune information (ça pourrait être une bombe !!).

5) Il faut impérativement demander l’autorisation d’Air France, en donnant pour chaque batterie par passager : Le modèle, la capacité en Wh, le poids, les dimensions. Et en montant dans l’avion, il faut une copie papier de cette autorisation !!! En particulier au retour.

6) Puisqu’il s’agit de bagage cabine, le poids total des bagages pour chaque passager, batteries incluses, ne doit pas dépasser 12 kg. Parfois ils pèsent les bagages cabine à l’enregistrement et parfois non. Il y a également une limite de volume des bagages en cabine, mais ça tout le monde le sait. Donc la non-limitation théorique des batteries inférieures à 100 Wh se heurtera tôt ou tard à cette limite de volume ou de poids.

A noter que chez Panavision, toutes les batteries caméra sont prévues pour ce type de voyage et ont toutes une capacité inférieure à 100 Wh. Par ailleurs, ils ont de magnifiques petits flycases jaunes griffés « IATA approved », ce qui a le don de rassurer tous les interlocuteurs (nombreux !) que vous croiserez à l’aéroport. Merci Pana.

Une fois cette autorisation en poche, vous pourrez venir avec vos passagers à l’aéroport après avoir pris le soin de distribuer à chacun les batteries réparties exactement comme vous l’avez indiqué à Air France. J’ai eu une seule vérif pour trois départs, on était contents que chacun ait les batteries indiquées. L’avion ne nous aurait pas attendu.

Ça commence à l’enregistrement des bagages en soute. On prend bien soin de montrer son autorisation au chef de vol ou à toute personne responsable qui vous accueille au comptoir d’enregistrement. On prend soin d’ouvrir les flycases pour montrer la came. Parfois les gens connaissent le règlement, parfois non.
Surtout, patience infinie, respect, « coolitude ». On peut se faire expulser d’un vol avec un sourcil trop expressif. Parfois un responsable de la sécurité se pointe et jette un oeil hagard sur nos petites batteries. Parfois son oeil est vif et il s’applique à vérifier la capacité de chaque batterie une par une. Mais comme on a l’autorisation d’Air France et qu’on a donné les informations rigoureusement exactes, l’oeil inquisiteur s’apaise et nous pouvons passer à l’étape suivante.

Le portique de sécurité. Il s’agit d’un autre type de personnel qui nous accueille ici. Pour que tout se passe bien, il faut s’assurer en amont, à l’enregistrement, que les gens du portique sont prévenus que nous arrivons avec nos 40 batteries Lithium (moyenne raisonnable pour un petit tournage). Si l’enregistrement ne peut pas communiquer avec le personnel de la sécurité, il faut que quelqu’un d’Air France nous accompagne jusqu’au portique.
AirportsecuritypicSi aucune de ces deux solutions n’est possible, vous serez heureux de sortir le magnifique papier d’Air France décrivant rigoureusement le matériel que vous ferez passer aux rayons X. Là, un agent zélé peut être susceptible de tester la charge de vos batteries. N’hésitez pas à réciter votre leçon (100 Wh, 30% de charge, 2 par passager si plus de 100Wh mais inférieur à 160, autorisation d’Air France, rigueur, rigidité, respect du protocole, repos soldat).

Enfin, vous allez pouvoir monter dans l’avion. Enfin la paix de l’âme, le nirvana. Mais non. Le commandant de bord, AKA le pilote, est susceptible de refuser de voler avec vos satanées batteries si il vous trouve suspects, vous et vos flycases fluos. Là, autorisation d’Air France ou pas, mieux vaut avoir préparé un mentos. Votre sérieux et votre connaissance des règles, ainsi que votre totale soumission à l’autorité divine qui vient inspecter vos boites jaunes ultra bizarres, vous permettront peut-être de parvenir à destination avec vos batteries. En ouvrant la boite jaune, le pilote jette un oeil circonspect à la petite plaque qui scelle les deux batteries : « IATA Approved ». Ouf. Merci Pana (mais pourquoi des boites jaunes pétants ???).
IATA-approvedL’avion décolle. C’est gagné. Vous arrivez à bon port ! Le douanier avise la boite jaune… Puis les 12 autres… et votre carnet ATA… :)

Crédit Image à la une : Tom Hanks dans « Le terminal » de Steven Spielberg (2004).

Paul Sergent

Paul Sergent

Directeur de production

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