La journée continue décryptée

En nuit, jour ou encore en mixte, la journée de travail en continue possède la particularité d’avoir un temps de pause différent d’une journée de travail dite normale. En effet, sur cette dernière, les équipes bénéficient d’une pause repas de 1 heure sauf en cas de journée continue (ou en raison de conditions de saison ou de lumière) où la pause est de 30 minutes. Que ce soit en court, moyen ou long métrage.

En clair, une journée de travail en continue comporte 7h30 de temps de tournage (hors préparation et rangement) plus 30 minutes de pause.

Les informations ci-dessous s’appliquent UNIQUEMENT à la Convention Collective Nationale de la Production Cinématographique (CCNPC) en vigueur. Parfois, l’application des textes différent légérement dans la pratique, dans la forme mais tout en respectant le fond… nous le précisions quand c’est le cas.

Pour rappel, les temps de pause, en journée continue ou non, sont conventionnellement obligatoires.

En court-métrage, souvent certains techniciens viennent me voir en m’avouant qu’ils sont surpris de cette pause car raremement appliquée. Parfois même, cela leur déplait car ils espèrent finir plus tôt en ne la prenant pas… Au delà donc du caractère obligatoire, cela relève quand même du bon sens de souffler un petit moment afin de pouvoir travailler par la suite dans de meilleures conditions. On évite l’irritabilité des techniciens aux ventres vides, parfois les accidents du travail à cause de la fatigue et cela renforce la cohésion de l’équipe qui partage un moment ensemble, au calme.

En continue, cette pause obligatoire de 30 minutes devra être prise au bout de 6 heures continues de travail au plus tard (idéalement entre 5 et 6 heures).

En application de l’article L. 3121-33 du code du travail, une période de pause d’une durée minimum de 20 minutes doit être organisée au plus tard après 5 à 6 heures de travail. Les temps de pause et de repas ne sont pas du temps de travail effectif.

20 ou 30 minutes ? Je suis sur que cela n’est pas encore très clair pour vous. Patience, j’y viens… :)

Où placer cette pause en terme d’horaires ?
La pause habituelle d’une heure, en journée dite normale, est à aménager dans la période comprise entre 11h00 et 14h30 pour ce qui concerne le déjeuner et entre 19h00 et 21h30 pour ce qui concerne le dîner (titre III).
Pour la pause de 30 minutes en continue, il est communément admis de respecter également ces tranches horaires pour l’inclure. Concernant les tournages de nuit, en général, cette pause de 30 minutes est comprise entre minuit et 2h du matin.

Certains points à connaître sur l’aspect conventionnel…
– La journée continue est à indiquer sur la feuille de service de la veille au plus tard. Si anticipée, elle est évidemment indiquée sur le plan de travail prévisionnel validé en fin de préparation.
– En journée continue, les repas peuvent être remplacés par des casse-croûte pris sur place. Moins long, une pause casse-croûte est plus facile à tenir en 30 minutes qu’un repas classique assis avec entrée, plat, dessert.
– La journée continue commence ou se termine par un repas pris en charge par l’employeur conformément à l’article 5.1 de la CCNPC.
– Lorsque la journée de travail débute avant 7 heures du matin, une indemnité de casse-croûte sera versée au salarié si le casse- croûte n’est pas fourni par le producteur.
– Les temps de pause et de repas ne sont peut être pas comptabilisés comme du Travail Effectif (préparation + tournage + rangement + transport A/R par jour) mais ils sont pris en compte dans l’amplitude la journée de travail (transport A/R + préparation + tournage + déplacement(s) + repas + pause(s) + rangement soit 13h maximum).

… et ceux qui le sont peut être moins.
– En continue, on ne dépasse généralement pas. En clair, les heures supplémentaires ne sont pas les bienvenues sur ce format de journée. Cependant, si l’équipe dépasse, l’heure supplémentaire est une heure payée « simple » donc non majorée (hors tournage de nuit, jour férié…) et ce, dans la limite de l’amplitude horaire maximum de 13h tout compris. Les heures supplémentaires étant décomptées à la semaine, une heure dite « simple » un Lundi par exemple sera majorée par contre en fin de semaine…
– Avant une journée continue, le déjeuner ou dîner, pris en charge par l’employeur, est d’une heure et souvent placé après la préparation et avant le P.A.T. (Prêt à tourner). Cette pause peut également se faire avant la préparation d’un journée de travail. Ce qui importe est de respecter la pause suivante de 30 minutes au bout de 5 à 6h maximum de travail.
– Dans la pratique, il est courant que la pause prise en continue soit le plus souvent collective et d’une durée de 30 minutes maximum (voir ci-dessous au sujet la différence entre les 20 et 30 minutes de pause).

Une journée continue favorise souvent le rythme de travail. La pause étant plus courte et le repas généralement « moins lourd », la reprise est plus véloce.

Les subtilités conventionnelles concernant la pause en journée continue !
Selon le Titre III de la CCNPC, La « journée continue » est une journée de travail au sein de laquelle se situe une période de travail effectif continue sans pause repas d’une durée de :
– 7 h 40 auxquelles s’ajoute une pause collective d’une durée de 20 minutes qui devra être organisée après 5 à 6 heures de travail ;
– 7 h 30 en cas de pauses prises individuellement par les salariés. Cette période doit être rémunérée sur la base de 8 heures de travail.
Si le travail se poursuit à l’issue de cette période, une pause casse-croûte devra être organisée.

Une journée continue favorise le temps de tournage selon les saisons en terme de lumière.

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Voici maintenant trois questions de cas concrets posées à l’ADP :

1 / – Dans le cas d’une journée continue 12h – 20h : sera-t-on obligé de marquer une pause de 30’ au bout de 6h, c’est-à-dire à 18h, ou pourra-t-on, si l’ensemble de l’équipe est d’accord, retrouver un horaire en 12h – 19h30 (la pause se marquant en fin de journée) ?
> NON. Le report de la pause n’est pas autorisé par le code du travail, ni par la réglementation UE. L’accord de l’équipe, même recueilli par écrit, ne serait en tout état de cause pas opposable aux salariés qui réclameraient une indemnité au titre de l’absence de pause.

2 / – Peut-on continuer, comme pour le passé à faire des horaires en journée continue, du type 9h-17h, avec une pause de 30’ rémunérée et un buffet organisé par la production. Cela permet, par exemple en hiver d’avoir plus de durée du jour, ou quand une cantine ne peut pas s’installer à proximité du plateau (Petite montagne, par exemple).
> OUI car la durée quotidienne maximale de travail et le temps de pause sont respectés. Il est à noter que les 30 minutes rémunérées ne pourront satisfaire l’obligation de pause que si le salarié cesse effectivement le travail et n’est plus soumis aux directives de son employeur.

3 / – Plus largement, est-ce que la pause pour le repas pris assis peut être inférieure à 1h, sans conduire, comme par le passé à ce que la pause soit rémunérée (passage en journée continue).
> OUI pour la durée mais NON pour la rémunération : l’article 28 de la convention relatif à la journée continue prévoit que dans le cas où l’horaire de tournage s’effectuerait de 12h00 à 20h00, il y aura une pause obligatoire d’une demi-heure prise au bout de 6 heures de travail continues au plus tard ; cette durée de pause est rémunérée au salaire horaire de base mais n’est pas considérée comme du temps de travail effectif.

Petit rappel concernant les « autres pauses » applicables en continue ou non !
Conformément à l’article L. 3162-3 du code du travail, une pause d’au moins 30 minutes doit être accordée aux mineurs après 4 h 30 de travail, par dérogation à l’article L. 3121-33 du même code.
Une pause spécifique d’une durée minimum de 15 minutes devra être organisée toutes les trois heures pour les catégories de personnels suivants : femmes enceintes et travailleurs handicapés.
Par ailleurs, une pause de 15 minutes devra être accordée aux artistes chorégraphiques, lyriques et de cirque au cours d’une
période de 3 heures de travail, et ce en période de répétitions comme à l’occasion des prises de vues.

Sources des informations de cet article :
– L’ADP (Association des Directeurs de Production).
– La Convention Collective Nationale de la Production Cinématographique du 19 janvier 2012.
– Le Ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation Professionnelle et du Dialogue Social.

Comme d’habitude, vos commentaires sont les bienvenus en cas d’erreurs, ommissions ou simplement si cet article vous a été utile.

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