Faut-il accepter de travailler gratuitement ?

Un sujet délicat aux multiples facettes qui ne saurait se résumer à la célèbre locution : « Tout travail mérite salaire ! ». Un raccourci un peu facile qu’on entend souvent quand on débute.

Les formats les plus couramment touchés par l’absence de rémunération sont les courts-métrages, les clips et les pilotes (séries webs notamment). Mais parfois aussi les documentaires et les longs-métrages… Qu’ils soient produits (par des sociétés) ou autoproduits (personnes physiques ou morales comme une association loi 1901 par exemple).

On parle alors communément d’un tournage non-rémunéré, « bénévole » ou de « bénévolat ». Un terme mal employé, galvaudé dont il est impératif de rappeler la définition avant de poursuivre.

Le bénévolat est directement lié au principe de liberté d’association (loi du 1er Juillet 1901). Il a lieu uniquement au sein d’une institution sans but lucratif (ISBL) : association, ONG, syndicat ou structure publique. L’activité d’un bénévole ne doit pas être confondue avec une prestation de travail : le bénévolat se situe toujours en dehors de l’activité professionnelle. Le bénévole doit donc conserver le temps nécessaire pour son emploi ou sa recherche d’emploi.

La participation du bénévole est toujours volontaire et il peut à tout moment décider d’arrêter sans procédure ou dédommagement. Enfin, le bénévolat signifie bien évidemment qu’il n’y a aucune rémunération, qu’elle soit en espèce ou en nature, même si le bénévole peut être dédommagé de ses frais de déplacement (défraiement). Rappelons qu’il ne peut y avoir de lien de subordination entre le bénévole et un responsable de l’association. Source : https://coulisses.orfeo.pro

Et de faire la différence avec la notion de volontariat, bien différente !

Le volontariat et le bénévolat représentent deux formes d’engagement désintéressé qui ne recouvrent pas les mêmes situations. Il est admis que le volontaire est la personne qui s’engage, pour une durée déterminée, à se consacrer entièrement et de manière désintéressée à une action d’intérêt général.
Le volontariat relève d’un statut de droit public ce qui implique que son accomplissement ouvre droit à une indemnité (pas un salaire). Le bénévole, quant à lui, se livre à une activité désintéressée, dans le cadre de ses loisirs ou de son temps libre.
Son engagement peut être ponctuel ou régulier, mais il n’y consacre pas l’essentiel de son temps. Source : www.francebenevolat.org

Tout est dit ! On est loin des conditions de travail réelles auxquelles on peut assister sur un tournage dit « bénévole » !

Que faire alors si on me propose un projet non-rémunéré ?

Tout dépend de votre situation…

> Pouvez-vous vous le permettre financièrement ?

Vous seul avez la réponse car cela dépend de vos ressources.

> Pouvez-vous y consacrer du temps au détriment de vos recherches d’emplois rémunérés ?

Pour les postes à préparation comme celui de l’assistant réalisateur, il n’y a pas que le tournage évidemment. Plusieurs semaines, voir plusieurs mois même sans faire du plein temps pour autant au début, sont souvent nécessaires pour la préparation… Un aspect à ne surtout pas sous-estimer.

> Le film est-il produit ou autoproduit ?

Une différence de taille. À choisir, préférez un film produit (par une société de production) qui rime en général avec professionalisme (acteurs, équipes, équipements…). De plus, sur un CV, ça compte plus qu’un film autoproduit qui aura moins de chance, au passage, d’être diffusé en festivals ou sur une chaîne TV.

> Quel est le budget du film ?

Aides régionales, institutions comme le CNC, chaînes de télévision, financements participatifs, sites de streaming, fonds propres… Vous avez le droit de demander le montant du budget du film. Cela vous confortera ou non dans la proposition qu’on vous fera.

> J’ai un coup de coeur pour le projet !

En fonction de votre situation encore une fois, c’est votre seule décision. Difficile de résister dans ces cas-là pour sûr alors pourquoi pas ?! :)Dois-je quand même demander un salaire sur ce type de projet ?

Un grand oui ! On vous appelle, on a donc besoin de vous ! Vous êtes donc en position de force. Qui ne tente rien n’a rien… Vous n’avez rien à perdre.

Entendez et comprenez le cahier des charges qu’on vous expose mais évoquez par la suite que l’investissement qu’on vous demande est important et que ce dernier mérite donc, au moins, une petite rétribution à défaut d’un salaire. Tout comme le régisseur général au passage, votre futur meilleur(e) ami(e), qui mérite d’être mentionné lors de votre négociation. Même s’il n’est pas encore arrivé sur le projet, il est de bon ton d’indiquer que vous devez être rémunéré / rétribué à la même hauteur.

Le réalisateur et le producteur ne prennent pas de salaires ou de frais généraux, faute de budget ? C’est regrettable mais c’est leurs choix, d’une part. Vous n’y êtes pour rien… D’autre part, ils n’ont pas le même rapport au film que vous, assistant. C’est leur bébé ! Pour vous, ça reste un travail ! Inutile donc de jouer sur la corde sensible pour vous recruter. Les moins scrupuleux sont mêmes si convaincants qu’ils arriveraient presque à vous persuader d’avoir de la chance qu’on vous contacte pour un film pas payé…

Possible ou non in fine, demander un salaire ou une rétribution rappellera à votre employeur le caractère anormal de sa démarche. Poussé au respect, il ne vous prendra pas du coup pour quelqu’un de crédule, prêt à se soumettre coûte que coûte pour se faire de l’expérience.

Les pièges à éviter !

> Sans expérience, je ne pourrais pas travailler sur un film payé !?

Faux. Cela dépend du poste qu’on vous propose bien sûr et de la personne qui vous donnera une chance. Volonté, bienveillance, curiosité, diligence… Le tout avec le sourire, de l’écoute et de la rigueur vous permettront de surmonter un CV mince voir inexistant et de convaincre pour rejoindre des projets rémunérés.

> La production ou le réalisateur vous parle du projet suivant qui, lui, sera payé si vous faites celui-ci gratuitement ?

Un grand classique qui fera l’objet d’un prochain billet sur le site ARA. Seul conseil pour l’instant, méfiez-vous de ce genre d’argument car vous n’aurez aucune garantie…

> Aurais-je plusieurs casquettes (sic !) ou puis-je avoir une équipe adaptée à la dimension du projet ?

Qui dit projet non rémunéré dit souvent : pas de second assistant pour le premier, le second sera aussi scripte, l’assistant de production fera un peu de régie… Pire, le producteur fait la direction de production.
À moins d’un coup de coeur et encore, pour le dernier cas, fuyez car vous vous sentirez vite bien seul en tant que premier assistant si les choses tournent au vinaigre ! Pour le reste, négociez en étayant pour ne pas dire « imposez avec tact » :) l’équipe nécessaire et adaptée à la bonne tenue du projet. On ne fait pas de miracle en jouant les multi-casquettes…

> Est-ce que je suis couvert par une assurance ? Quid des défraiements, du logement, des repas, du transport ? Dois-je prendre ma propre voiture ? Aurons-nous des talkies-walkies ?

Une assurance responsabilité civile, souscrite par la production ou l’association, est un minimum ! On vous invite aussi à demander une couverture de votre matériel comme votre ordinateur portable (votre outil de travail) et d’éviter de prendre votre véhicule personnel à moins d’avoir un défraiement convenable et une assurance adaptée… prise en charge par votre employeur.

Posez la question sur tous ces points dans tous les cas, si on ne vous les expose pas d’emblée. En cas de doute, demandez autour de vous si cela est juste ou plutôt risqué.
Travailler gratuitement, un sacrifice à court terme pour un investissement d’avenir ?

Au-delà de l’expérience acquise, le projet non rémunéré (ou faiblement) peut-il correspondre à un investissement pertinent en terme de rencontres ? Définitivement ! Plus vous côtoierez les équipes, plus grandes seront vos chances de voir votre nom circuler par la suite pour d’autres projets. Il y a parfois des techniciens très aguerris et bien insérés dans le milieu sur ces petites productions. Renseignez-vous !

Le mot de la fin !

D’un point de vue corporatiste, le travail non rémunéré n’est évidemment pas une bonne chose en soi mais il faut bien commencer quelque part pour se faire de l’expérience et ainsi étendre son réseau de connaissances quand on n’a pas la chance de débuter sur des films rémunérés. Comme évoqué plus haut, posez-vous les bonnes questions avant de vous embarquer sur ce type de projet et tout devrait normalement bien se passer.

Sans jouer la carte de l’éloquence, force est de constater que certains « bons » projets ne pourraient tout simplement pas voir le jour sans les participations gracieuses des équipes, de leurs auteurs et de leurs producteurs. Un modèle de production toutefois à ne pas prendre pour référence.

À quand une meilleure répartition des financements pour assurer une certaine égalité des chances à notre chère et bien aimée exception culturelle ?

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Sources :
Emploi des bénévoles : Tout ce qu’il faut savoir – coulisses.orfeo.pro
Le bénévole dans les associations – associations.gouv.fr
Le FAQ de France Bénévolat – francebenevolat.org
Définition du Volontariat – Wikipédia
Définition du Bénévolat – Wikipédia

Image à la une : BuzzWebzine.fr

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